« Même si j’y installe un toboggan, mon entreprise ne ressemblera pas à Google pour autant »

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«Le travail de demain – dans l’immobilier d’hier» – Le 18e Symposium du Group of Fifteen au  Technopark de Zürich.

Le monde du travail, tout comme ses exigences, évoluent rapidement. Pour Peter Staub, Président du Group of Fifteen, il s’agit d’une période particulièrement passionnante et exaltante. Selon la tendance du moment, le chef d’entreprise de pom+Consulting SA a délaissé son bureau au début 2017 au profit de la mobilité, et aborde ainsi de manière très personnelle les nouvelles formes de travail.

„Tout le monde parle de digitalisation, mais peu nombreux sont ceux qui savent vraiment comment l’appréhender“, avance Rainer Maria Salzgeber, modératrice lors du Symposium. Dans le cadre du thème « travail de demain – dans l’immobilier d’hier », Gudela Grote, Professeure en psychologie du travail et des entreprises à l’ETH de Zürich, au sein du département Management, Technologie et Economie, aborde la manière avec laquelle évoluent les modèles d’organisation et de travail actuels. «Aujourd’hui, l’innovation intervient en particulier dans les bâtiments industriels inoccupés, dans lesquels on retrouve par exemple des meubles issus de brocante. Au sein de ces bâtiments, plane un esprit que nous apprécions réellement mais nous ne sommes pas totalement prêts à passer ce cap », selon Gudela Grote.

Que se passe-t-il actuellement dans le monde du travail?

Le travail devient de plus en plus virtuel. Que signifie alors cette automatisation dans ce domaine? Selon Gudela Grote, cette discussion était déjà couramment abordée dans les années 80. Elle se souvient des débats de l’époque: «Le monde du travail nous échappe… »

„Nous avons constaté, ces 30 dernières années, que le travail ne fait qu’évoluer », explique Grote. Il existe aujourd’hui des nouveaux métiers, encore inconnus trente ans en arrière. Nous ne savions même pas qu’un jour, le métier de Webdesigner ou d’autres spécialisations de ce type existeraient. En ce sens, nous pouvons supposer vivre à nouveau une situation similaire.»

La flexibilité est l’un des mots-clés de Grote. Nous travaillons en permanence et partout : sur une chaise longue et même à la plage. Devoir constamment être en face de notre ordinateur est devenu difficile pour un grand nombre d’entre-nous, avance Gudula Grote. Les contrats de travail souples représentent un thème prenant de l’ampleur : «Combien d’entre nous travaillent sous contrats à durée illimitée et à temps plein? Ces formes contractuelles sont encore très courantes en Suisse, contrairement aux autres pays. Nous faisons face de plus en plus à ce type de situations en raison du changement perpétuel de notre quotidien de travail ». Un emploi à vie est un modèle en voie de disparition.

Et qu’en est-il au sein d’une organisation? Pour Gudela Grote, « la structure de base d’une entreprise s’appuie de moins en moins sur une seule personne, mais se définit désormais autour d’équipes qui travaillent main dans la main.
Les tâches sont toujours imposées mais évoluent en permanence. Une adaptation rapide doit ainsi être possible. En parallèle aux cahiers des charges fixes, les projets jouent un rôle toujours plus important, basés sur le travail d’équipe. »

Etre agile et flexible par rapport au changement représente d’autres nécessités. A savoir la faculté de réagir vite aux exigences et la capacité à se relever prestement après un obstacle. Comment cette pression du changement, que nous ressentons tous, peut-elle être confortable ou au contraire, dérangeante? Nécessaire, sans pour autant être vraiment désirée? Dans quelle mesure est-ce une chance?

Beaucoup d’entreprises semblent nerveuses, selon Gudela Grote. En implantant un pôle d’innovation, elles espèrent qu’un esprit innovant imprègne leur structure. Pouvons-nous ainsi réellement déclencher les processus de changement?

Pour que nous puissions voir l’insécurité comme une opportunité, nous avons besoin de stabilité. Et cela se ressent également au travail. Les collaborateurs ont besoin de personnaliser leur environnement de travail, ne serait-ce qu’en décorant leur ordinateur selon leurs propres envies.

Travailler en Home Office, en coworking ou au bureau? Dans la discussion sur l’intégration et la séparation, avoir le contrôle sur la manière de travailler s’est révélé être un élément fondamental. Et les idées reçues sur la différence entre les générations semblent incorrectes. En effet, un jeune de 25 ans serait enclin à avoir son espace personnel au bureau. Il s’agit donc davantage d’une question de préférence plutôt que d’envie générationnelle.

Pour Gudela Grote, les infrastructures et l’environnement de travail sont clairement le miroir de la culture d’entreprise. Pour elle, l’importance réside dans la manière de mettre en place un environnement de travail au sein d’une société. «Même si j’y installe un toboggan, mon entreprise ne ressemblera pas à Google pour autant ». En effet, l’idéologie doit correspondre». Pour créer un espace de travail individuel avec une réelle identité, des zones modulables avec du mobilier standard ne suffisent pas. Il serait beaucoup plus exaltant de fournir des meubles issus de brocante, ou de laisser les employés s’équiper par eux-mêmes. Ainsi, certains apprécieraient de pouvoir décorer leur bureau avec une plante et une photo de famille, alors que d’autres écouteraient leur propre musique depuis leur ordinateur portable.

En considérant comme sérieux ce processus de changement, l’immobilier devient alors l’expression de la direction et des statuts. Abandonner l’idée de son propre espace de travail ne se crédibilise que si les responsables suivent cette tendance. La direction à suivre et les statuts se transmettent à travers le savoir et la capacité à être un coach. Dans cette optique seulement, le changement de culture peut être pris au sérieux.

En tant que chef d’entreprise et directeur du Fraunhofer Institute for Industrial Engineering de Stuttgart, le Professeur Bauer dirige un organisme comptant environ 560 collaborateurs. Au sein de son entité, il est responsable des projets de recherche et de mise en œuvre dans les domaines de la recherche en innovation, du management de la technologie, la vie et le travail du futur, des SmartCities et de la Mobility Innovation, Dans son exposé, il aborde la thématique de la transformation du travail et des conséquences sur les infrastructures. Selon lui, l’environnement de travail change à une vitesse exacerbée. Toutefois, cette évolution s’appuie sur des principes du passé, observe le Professeur Bauer. La digitalisation constitue la prochaine vague. Pour l’instant, nous avons assisté à une digitalisation classique, à l’image d’Internet, des courriels et de la mise en réseau. «La nouvelle vague démarre maintenant et le monde réel est destiné à être numérisé. Notre monde physique, tel que les biens immobiliers et les objets, seront connectés et équipés de «techniques sensorielles». L’ensemble sera donc lié aux données. Au cours des dix prochaines années, trois nouvelles tendances domineront cette évolution : l’internet des objets (IOT), le Cognitive (ordinateurs intelligents) et le Blockchain (logique de transaction). Ces développements vont, dans chaque domaine, impacter notre quotidien, selon le Professeur Bauer. « Les entreprises liées à internet, issues de la Sillicon Valley », tout comme les « représentants de la vieille économie », se concentrent aussi sur les domaines de la construction de machines, la conception de voitures ou encore l’automatisation des bâtiments. La question sera alors de savoir qui gagnera la course. Le Professeur Bauer en est convaincu : « tout reste à faire. ». Le soit-disant « monde connecté » intervient sous toutes les formes. Pour lui, il ne fait aucun doute que cela produira. Il ne s’agit que d’une question de temps.
L’industrie immobilière sera également concernée. Le sujet impacte la création d’un bâtiment en tant que plateforme intelligente susceptible de répondre, à l’avenir, à tous les besoins possibles. Ici aussi, pour le Professeur Bauer, la question est de savoir qui va mener cette course à la digitalisation ; les entreprises liées à Internet, comme il les nomme, ou les entreprises classiques du domaine de l’immobilier ?

Selon le Professeur Bauer, cette deuxième vague de digitalisation demande beaucoup d’espace pour les équipes de projets. Aussi, la demande pour des lieux créatifs et de coworking devrait gagner en importance. Ainsi, pour les constructeurs traditionnels de l’automobile, les secteurs des services et de la logistique prennent beaucoup d’importance. Les équipes spécialisées dans l’élaboration de projets futuristes ne sont plus directement intégrées au sein des sièges principaux. Le Professeur Bauer a l’impression que le secteur immobilier ne propose pas suffisamment d’infrastructures destinées à ces équipes de projets. Parallèlement, il observe un certain potentiel concernant les plateformes immobilières, qui promeuvent toujours plus rapidement des projets de réaffectation. Sans des éléments de «connectivité» au sens large, l’immobilier du futur sera moins valorisé. Les immeubles construits trente ans ou plus en arrière, perdront leur attractivité commerciale. Le travail se verra modifié sous beaucoup d’angles, comme par exemple dans le domaine de la technologie, à grande échelle. « Les données représentent l’essence même du travail et il en sera de même pour sur les chantiers», ajoute le Professeur Bauer.

Quel passionnant nouveau monde! Selon les propos de Gudela Grote, pour se mettre en route, beaucoup de réflexion et de courage seront nécessaires pour mener de nouvelles expériences.

Portrait du Group of Fifteen

L’économie de l’immobilier est plus forte que jamais et impacte mondialement les thèmes liés à la société, aux tendances politiques, au changement climatique et à l’évolution démographique. En outre, elle s’imprègne aussi des cycles économiques récurrents. Par exemple, la tendance haussière de la construction réagit de différentes manières, en cas de conjoncture positive ou de ralentissements économiques. Des répercussions se font sentir sur le marché.
De quelle manière le secteur immobilier peut-il mieux reconnaître ces facteurs d’influence, utiliser ces cycles de manière optimale, afin de développer une stratégie interdisciplinaire et interconnectée à succès ? Comment ce secteur économique à haute valeur ajoutée peut-il maîtriser les futurs enjeux économiques, écologiques et sociaux ? Et comment peut-il générer une plus-value ?

Créé en 2001, le « Group of Fifteen » ambitionne de promouvoir une économie immobilière interdisciplinaire visant le moyen et long terme. Les membres sont choisis parmi les acteurs et influenceurs de la branche immobilière au bénéfice de compétences et d’intérêts complémentaires. Ces derniers se rencontrent plusieurs fois par année pour partager leurs connaissances spécifiques et intérêts communs, avec des professionnels externes du domaine, afin d’élargir leur savoir. Avec l’organisation annuelle d’un symposium d’une si grande qualité et ouvert au public, le Group of Fifteen se positionne sur des sujets avant-gardistes et apporte ainsi une impulsion à l’économie suisse.

Stephanie Steinmann
Stephanie Steinmann

Blogueuse de Männedorf (ZH)